60 000 civils réfugiés, le Conseil de l’Église papoue demande à l’ONU d’intervenir

Jayapura, Jubi – Le Conseil de l’Église papoue a lancé un appel moral en 13 points vers le gouvernement indonésien et à la communauté internationale pour qu’ils interviennent immédiatement pour résoudre le conflit en Papouasie. L’appel a été lancé dans la régence de Jayapura jeudi (25/11/2021), à cause de l’escalade du conflit armé dans six régences de Papouasie et de Papouasie occidentale.

Le Conseil de l’Église papoue est composé des dirigeants des quatre plus grandes Églises de Papouasie, à savoir l’Église chrétienne évangélique (GKI) de Papouasie, les Églises baptistes de Papouasie occidentale, l’Église évangélique d’Indonésie (GIDI) et l’Église du camp de l’Évangile (Kingmi) de Papouasie. L’appel moral a été lancé par le Conseil de l’Église papoue en réponse à l’escalade du conflit armé dans les régents d’Intan Jaya, Pegunungan Bintang, Nduga, Yahukimo, Puncak et Maybrat.

Le Conseil de l’Église papoue a fait savoir que les forces conjointes TNI/Polri (les Forces armées indonésiennes/la Police nationale indonésienne) ont continué à mener des inspections dans de nombreux établissements civils sous le prétexte de rechercher des membres de l’Armée de libération nationale de la Papouasie occidentale (TPNPB). En conséquence, de nombreux civils des six districts ont fui vers la forêt ou les districts voisins pour éviter les forces TNI/Polri.

« Environ 60 000 personnes ont été déplacées. Beaucoup d’enfants et de femmes ont été victimes et sont morts pendant l’évacuation », a rapporté le président du synode des Églises baptistes de Papouasie occidentale, le révérend Sokrates Sofyan Yoman, en lisant l’appel du Conseil de l’Église papoue

Le Conseil de l’Église papoue a noté que le conflit armé entre les TNI/Polri et le TPNPB à Intan Jaya a commencé le 25 octobre 2019 et que depuis cette date, il y a eu 28 incidents qui ont fait 47 victimes. Sur ce nombre, 31 victimes étaient des civils (16 personnes sont mortes, 12 personnes ont été blessées, 3 ont été victimes d’enlèvements et de disparitions forcées).

Il a également mentionné que le conflit armé à Intan Jaya avait également fait 14 victimes parmi les membres des TNI/Polri (7 personnes sont mortes, 7 autres ont été blessées), tandis que le nombre de victimes du TPNPB a été enregistré à deux. Le conflit armé y a déplacé plus de 3 000 civils dans l’église et dans les régions environnantes.

Il a également souligné le conflit armé dans la régence de Pegunungan Bintang. L’attaque et l’incendie de la polyclinique de Kiwirok ont tué un agent de santé, Gabriela Meilan. Une fusillade à Kiwirok a également tué un membre du TPNPB, Elly M. Bidana. En outre, un membre du TNI, Ida Bagus Putu et un membre de Polri, Bharada Muhammad Kurdiadi, est mort.

Il a également ajouté qu’au cours de la deuxième semaine d’octobre 2021, les forces de sécurité ont été soupçonnées de lâcher des bombes dans les villages de Pelebib, Kiwi, Delpem et Lolim. Du coup, environ 5 000 habitants se sont réfugiés dans les forêts et villages les plus proches et ont même traversé vers le pays voisin, la Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG).

L’attaque du poste de Commandement du district militaire (Koramil) de Kisor, dans la régence de Maybrat, province de Papouasie occidentale, par le TPNPB, le 2 septembre 2021, a entraîné la mort de quatre membres des TNI. Les TNI/Polri ont alors envoyé des troupes supplémentaires à Maybrat et ont déplacé au moins 2 768 habitants.

Un rapport du Conseil de l’Église papoue indique également que les TNI/Polri ont ensuite arrêté 34 civils, dont 31 ont été placés en détention. Huit personnes ont ensuite été désignées comme suspectes dans cette attaque. Sur ces huit personnes, cinq sont des étudiants, dont quatre sont des mineurs, un est un adolescent et trois autres sont des adultes.

Parmi les 23 résidents qui ont été arrêtés puis libérés, il y avait également 11 enfants et un bébé. Le nombre total d’enfants victimes de violences et d’arrestations par les TNI/ Polri depuis l’attaque du 2 septembre 2021 est de 16 enfants et un bébé.

« Nous avons également reçu des informations selon lesquelles un résident est mort dans le camp de réfugiés. Un total de 15 membres de congrégations de GKI et 11 membres d’églises catholiques n’ont pas non plus pu retourner dans leurs villages. Les villages à Aifat ont également été abandonnés par leurs habitants », a-t-il ajouté.

Un conflit armé a également eu lieu à Yahukimo après que les TNI/Polri y aient envoyé des troupes supplémentaires. Les troupes TNI/Polri ont abattu et arrêté Senat Soli, l’un des dirigeants du TPNPB à Yahukimo. Il a reçu une balle dans la jambe et est décédé à l’hôpital Bhayangkara appartenant à la Police provinciale de Papouasie le 27 juillet 2021. D’autre part, des membres du TPNPB ont attaqué des membres du TNI le 20 novembre 2021, causant la mort d’un membre du TNI, le sergent Ari Baskoro et la blessure du capitaine Arfiandi Sukamto.

À Puncak, un conflit armé a eu lieu du début de 2021 jusqu’en novembre. Le Conseil de l’Église papoue a noté que 16 civils ont été victimes de fusillades et de meurtres. Dans le même temps, il y a également eu des victimes parmi les TNI/Polri et les membres du TPNPB. À la suite de ce conflit, environ 3 000 personnes de plus de 23 villages de la régence de Puncak Papua ont choisi de se réfugier.

Depuis que le TPNPB a abattu le chef de l’agence de renseignement de l’État (BIN) en Papouasie, le général de brigade de TNI I Gusti Putu Danny Nugraha Karya à Beoga, dans la régence de Puncak, le 25 avril 2021, les TNI/Polri ont continué à y ajouter des troupes. Ils occupent plusieurs bureaux gouvernementaux et des églises. « Nous avons reçu des rapports de résidents, selon lesquels des officiers conjoints TNI/Polri ont pris des objets dans les maisons des résidents qui se sont réfugiés et les ont vendus dans la ville d’Ilaga », a expliqué le Conseil de l’Église papoue.

Le conflit armé à Nduga a lieu depuis décembre 2018 et continue encore. Au cours des trois dernières années, 47 000 habitants ont été déplacés. De nombreux civils ont également été victimes pendant le conflit. Le Conseil de l’Église papoue a enregistré la mort de 295 civils. À part le fait d’avoir été abattus par les forces de sécurité, la plupart d’entre eux sont morts dans les camps de réfugiés à cause de l’indisponibilité de nourriture et de médicaments.

« Le Conseil de l’Église de Papouasie demande au Conseil des droits de l’homme des Nations unies de venir en Papouasie afin qu’il puisse observer de première main la situation du peuple papou qui souffre depuis 58 ans », a demandé Sokrates Sofyan Yoman en lisant l’appel moral.

Le Conseil de l’Église papoue a également demandé au président Joko Widodo de prendre des mesures pour résoudre pacifiquement la problématique de la Papouasie. La résolution du conflit armé à Nanggroe Aceh Darussalam peut également être appliquée en Papouasie. Le Conseil des églises papoues encourage également le président à tenir sa promesse de 2019 en rencontrant les groupes indépendantistes papous.

« Nous espérons que le président va tenir sa promesse du 30 septembre 2019 d’avoir un dialogue avec le groupe pro référendum, qui est le Mouvement uni de libération de la Papouasie occidentale, avec la médiation d’une troisième partie, comme ce qui s’est passé entre le gouvernement de l’Indonésie et le Mouvement pour un Aceh libre le 15 août 2005 », a révélé Yoman.

Le modérateur du Conseil de l’Église de Papouasie, Benny Giay, a ajouté que cet appel était la voix des gens qu’ils dirigent. Le Conseil de l’Église de Papouasie n’exprime que les voix et les expériences des congrégations qu’ils dirigent en Papouasie.

« Ces expériences et ces faits sont des situations concrètes qui se produisent dans ce pays. Nous sommes toujours dans une situation de crise humanitaire. C’est pour la confiance que la congrégation nous accorde que nous lançons cet appel », a-t-il rappelé.

Le président du synode de GKI, le révérend Andrikus Mofu MTh, a ajouté que ces faits étaient indissociables des quatre racines du problème en Papouasie formulées par l’Institut indonésien des sciences (LIPI). Les quatre racines du problème sont les déviations historiques, les violations des droits de l’homme dans le passé, la marginalisation des Papous indigènes et l’échec du développement en Papouasie.

Selon Mofu, la résolution du problème en Papouasie est la responsabilité de l’État envers le peuple, en particulier le peuple papou. La volonté de l’État de résoudre la problématique en Papouasie pacifiquement et humainement sera déterminante à cet égard. « Nous comprenons que tout ce qui s’est passé se passe encore. De toute façon, l’État doit résoudre ces problèmes d’une manière responsable, aimable, pacifique et digne », a-t-il conclu.

Monteur: Aryo Wisanggeni G

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